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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 18:20

 

« Dans ce pays, personne n’écoute les autres. Tout le monde proclame sa propre opinion. C’est devenu le pays des monologues ».

C’est Bernardo Bertolucci (grand réalisateur italien) qui met cette phrase dans la bouche d’un acteur secondaire du film Beauté Volée (« Io ballo da sola », 1995). Elle est prononcée en arrière-plan, au cours d’une conversation à table entre plusieurs personnages plongés dans le noir, alors que la caméra se détourne déjà pour arriver sur l’objet central de la scène. Bref, ce n’est pas une phrase mise en valeur.

Question d'ouïe. Et pourtant… C’est une des répliques les plus vraies que j’aie entendue. Tout le monde se parle, personne ne s’écoute. Et venant d’un Italien, il sait de quoi il parle. A nous de l’écouter.

En Italie, la presse n’est presque que partisane. Non, ce n’est pas la faute de l’inévitable Berlusconi. C’est dû à des raisons historiques. Les journaux sont, dans leur écrasante majorité, des organes officiels de partis politiques. Résultat, les gens lisent le journal qui correspond le mieux à leur sensibilité. Résultat, chacun s’enferme dans ses arguments, dans son univers de pensée, dans ses certitudes.

Autre conséquence plus inattendue (mais vérifiée, croyez-en celui qui écrit ces lignes !), chacun affiche immédiatement ses couleurs politiques dans les transports en commun, au café… Donc il n’y a plus de dialogue. Plus d’échanges d’argument. Plus de réflexion. Chacun chez soi. 

Bon sens. Pire, car corollaire aussi lointain que réel : même la contradiction devient une pratique gênante. On devient fautif de ne pas penser comme l’autre. Avoir des arguments et vouloir convaincre devient un tort, une « entrave à la liberté de penser ».

Le monde à l’envers, donc. Car la liberté de penser n’a de sens que s’il y a un dialogue. Lire le journal de son bord, n’avoir des amis que dans son camp et donc rester enfermé dans ses idées est tout l’inverse de la liberté de penser. C’est, par définition, la liberté de ne pas penser.

C'est un choix qui se respecte, me direz-vous. Mais ce n'est pas le mien.

Et c’est pourquoi je suis très heureux de rejoindre ce blog. « Tout l’intérêt réside dans l’échange » est-il écrit, en haut de cette page. C’est bien ça un Openspace, non ? 

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Published by Cyriel - dans Humeur
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Greg 17/05/2007 17:16

Mon dieu que c'est beau, j'en ai les larmes aux yeux!
Je me permets de rajouter un point : J'ai vu au Zapping récemment une personne qui, au sujet de la croisière de notre nouveau Président, disait : " au delà du jugement qui m'importe peu, je suis étonné par la réaction des gens. J'entends partout, à droite comme à gauche, des personnes dire "oui, c'est vrai, il a fait une bêtise" pour finalement affirmer devant les caméras : non non, ca ne me choque pas, il n'a pas tort". La personne finissait ainsi en demandant "quand est-ce que les gens vont enfin dire à la TV ce qu'il disent en privé".
Dans la même émission, on voyait Rachida Dati qui, lorsqu'on lui demandait un défaut de Sarkozy, répondait : "il est sans concession avec la civilisation du paraître (...). Il n'est pas dans le souci de l'image". J'ai cru vomir... Sincèrement, comment peut-on affirmer une telle chose? Il EST dans le souci de son image.
Je crois ainsi que, non seulement les gens donnent leurs opinions sans dialoguer, mais en plus, ils sont prêts à dire vraiment n'importe quoi pour ne jamais avoir tort...
Greg